Hot! L’équitable à la racine

(c) Max Havelaar France

(c) Chloé Goudenhooft

Soumis aux pressions de gros industriels, des producteurs latino-américains négligent la qualité de leur cacao au profit du rendement à court terme. Certains s’organisent pour sortir de cette dépendance, à l’instar des producteurs de Rio Ruidoso en Équateur. Mais sans l’apport des ONG, la filière équitable ne serait qu’un rêve inaccessible.

 

 

« Rosa Pincay, présidente. Carmen Cervantès, secrétaire. William Chavez, trésorier ». La dizaine de producteurs  équatoriens rassemblée sous les arbres de la famille Pincay applaudissent. Ce 29 février 2012, dans la province du Guayas, est créée l’association agro-écologique de Rio Ruidoso. Objectif : l’exportation directe de cacao, pour un meilleur prix au tonnage, et une plus grande qualité de vie. Petit bout de femme métisse, la quarantaine, Rosa Pincay porte sur ses épaules l’association en devenir. Et tout reste à faire : produire le cacao, le préparer, le vendre… Impossible d’exporter avant 2014. Ces agriculteurs rencontrent les mêmes difficultés que nombre de leurs confrères latino-américains. Ignorants des cours de la bourse et coupés du marché mondial, ils dépendent des intermédiaires locaux des grandes entreprises. Ennemi numéro un : l’isolement. « C’est le même intermédiaire qui passe dans toutes les fermes », raconte Yuli Charcopa, productrice qui vit à 20 minutes en mobylette de la famille Pincay. Celui-là impose sa loi.

 

En regroupant leur cacao, les producteurs espèrent vendre à de petits acheteurs, proches du commerce équitable. À défaut de quantité, l’association parie sur la qualité avec le cacaoyer Nacional. Spécifique à l’Équateur, l’arbre est recherché pour l’arôme floral et fruité de sa fève, mais produit moins que le CCN 51, hybride implanté dans la région. « Au Pérou, le CCN est planté avec
d’autres génotypes, ce qui respecte la diversité, mais en Équateur, la monoculture intensive est privilégiée », explique Laurence Alemanno, ancienne chercheuse en biotechnologie du cacaoyer pour le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Elle tient aujourd’hui ChocoLatitudes, sa propre boutique à Paris. « Bien travaillé, le chocolat sera bon. Mais rien à voir avec les arômes du Nacional qui présente aussi plus d’intérêt à long terme car il préserve une espèce endémique. » C’est ainsi que, conseillés par l’ingénieur agronome français Samuel Périchon, en contact avec la famille Pincay depuis 2006, les producteurs se tournent vers le bio.

{…}

Article à lire en intégralité dans Là-Bas N°6

Et pour en savoir plus:
Pour s’informer sur les acteurs et les principes du commerce équitable, en France comme à l’international: www.commercequitable.org

Quelques grandes coopératives d’Amérique latine productrices de cacao en grande majorité bio et équitable en République
Dominicaine, en Bolivie et au Pérou

À lire:
Cacao: L’auteur brésilien Jorge Amado décrit le quotidien difficile des ouvriers des cacaoyères de l’État de Bahia. Il nous raconte la vie de Sergipano, jeune paysan exploité qui refusera un bonheur et un confort illusoires pour ne pas trahir sa classe.
Booms et crises du cacao : les vertiges de l’or brun. Ruf F. 1995. Paris : Karthala, 459 p.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *