Soudan du sud: une nouvelle nation est née
La République du Soudan du Sud a officiellement proclamé son indépendance le 9 juillet 2011 sur les cendres d’une guerre sans fin et de siècles d’oppression. C’est un pays neuf qui doit tout écrire à partir d’une page blanche alors que la situation politique locale est complexe.
Le Nord semble avoir accepté la sécession pacifi que, malgré une sensation de défaite, la perte de ressources naturelles et la diminution de son autorité dans la région. Omar El Béchir, le président, est accusé de génocide et de crimes contre l’humanité au Darfour par la Cour pénale internationale. Les troubles à l’ordre civil atteignent des niveaux jamais vus, et la population fuit vers le Soudan du Sud, exprimant son ras-le-bol face à cette autorité corrompue qui maintient son pouvoir en alternant financements et combats avec les milices armées pour diviser et mieux régner. Le Soudan du Sud n’est en revanche pas encore une nation.
Sans une définition commune profondément ancrée au sein de la population, le concept de citoyenneté ne peut uniquement reposer sur cette seule identification face aux ennemis communs qui unissait la mosaïque de tribus ayant conduit la sécession. Selon Sara Laureni, chef civil de la Mission de l’ONU pour le Soudan, « la situation est loin d’être paisible, avec des conflits endémiques entre les groupes ethniques rivaux, des conflits meurtriers entre des milices armées et l’Armée populaire de libération du Soudan, ainsi qu’un risque permanent d’embrasement à la frontière entre le Nord et le Sud ». Enfin, le Sud ne souhaite pas partager la dette extérieure du Nord, d’un montant total de 38 millions de dollars. Il faut dire que le Soudan du Sud, dernier État membre reconnu par l’ONU, n’a pourtant pas encore de monnaie, de constitution ou de capitale définitives. Pas de routes, de travail, ni de système de santé. Bref il n’y a rien, hormis l’enthousiasme et l’envie, et des forces armées omniprésentes : ex-rébellion de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA en anglais), Lord’s Resistance Army ougandaise (LRA), milices d’autodéfense Arrow Boys, Casques bleus chinois, etc.
Tout est à construire : des fondations démocratiques, mais aussi de nouvelles relations pacifiques avec ses voisins, le Kenya et l’Ouganda, ainsi que le partage des ressources naturelles locales comme le pétrole, l’eau et la terre agricole. C’est une course contre la montre : en dehors de Djouba, la plus grande ville du pays, il n’y a pas un centimètre carré d’asphalte, et les caravanes de camions venant du Nord et des pays ennemis d’hier ne veulent pas manquer l’essor économique. Les affaires sont les affaires, mais le mouvement est à sens unique, et au prix fort. Djouba est la ville au coût de développement le plus cher au monde dans le pays le plus pauvre du monde. Un seul produit pour faire office de monnaie d’échange : le pétrole. Il n’en reste pas moins que l’heure est pour l’instant à l’enthousiasme et la construction : une nouvelle nation est née !
Retrouvez cet article et le reportage photo intégral de Bruno Zanzottera dans Là-Bas N°6



